Le revenu universel : irréaliste ou réalité future ?

En France, le candidat socialiste, Benoît Hamon, promet un revenu universel, financé en partie par une taxe sur les robots. Christian Hartmann/Reuters

Pour ses promoteurs les plus ambitieux, le projet de revenu universel donnerait à chacun un filet de sécurité et encouragerait à changer la manière dont le travail est pensé.

C’est une idée utopique au sens propre, mais elle connaît un regain de vigueur alors que les hommes politiques et leurs conseillers sont confrontés à des changements technologiques qui pourraient ébranler notre conception du travail.

Le concept de « revenu universel de base » est une somme forfaitaire allouée à tous sans tenir compte de la richesse ou de la capacité à travailler. C’est l’une des rares idées à être à la fois soutenue par des libertariens de droite aux États-Unis et par des hommes de gauche. En France, Benoît Hamon a été désigné candidat du Parti socialiste sur la base d’un programme radical et la promesse d’un revenu universel, financé en partie par une taxe sur les robots.

Des gouvernements de plusieurs pays, comme la Finlande, les Pays-Bas, le Canada et le Brésil ont déjà étudié la manière dont pourrait fonctionner une telle mesure. Celui de la Finlande est le plus abouti. Le 1er janvier y a été lancée une expérience sur deux ans consistant à verser à 2 000 chômeurs un revenu mensuel et inconditionnel de 560 euros (600 dollars).

Un revenu universel aurait le mérite de remplacer le maquis de prestations sociales qu’offrent de nombreuses économies avancées. Celles-ci peuvent avoir comme effet pervers de décourager la reconversion des chômeurs.

Pour ses promoteurs les plus ambitieux, le revenu universel donnerait à chacun un filet de sécurité et encouragerait de nouvelles façons de penser : le travail ne définirait plus nos vies et nous pourrions nous épanouir dans le bénévolat ou dans des pratiques artistiques. « Il y a une nouvelle vague de progrès technologiques qui arrive et il va falloir s’y adapter d’une manière ou d’une autre », explique Anthony Painter, de la Royal Society of Arts de Londres. « Le revenu de base offre tout simplement une chance de survie » aux chômeurs, a-t-il déclaré à l’AFP.

Idée ancienne

Si le chômage de masse et la crainte des nouvelles technologies sont des tendances récentes, l’idée du revenu universel existe depuis des siècles. Le philosophe anglais Thomas More avait imaginé en 1516 dans son livre Utopie une république idéale où chacun reçoit une allocation de base. Mais c’était avant la révolution industrielle, quand l’agriculture était le fondement de l’économie et les besoins des hommes basiques. C’est plus compliqué aujourd’hui.

En décembre, une étude de l’OFCE, think tank libéral, a calculé que pour que personne ne soit perdant avec la suppression des prestations existantes, un revenu universel devrait démarrer à 785 euros (842 dollars) par mois. Selon l’OFCE, un tel niveau se traduirait par une dépense supplémentaire de 480 milliards d’euros (515 milliards de dollars) par an, soit 22 points du PIB français, « ce qui est irréaliste en pratique ».

Il y a aussi des objections philosophiques. En juin, les Suisses ont rejeté par référendum une proposition de revenu universel après que les critiques eurent dénoncé une idée récompensant les paresseux et les incapables. « Si un grand nombre de gens choisissent de ne pas travailler ou travailler moins, d’où proviendra l’argent pour financer leur revenu ? », s’interroge Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève.

Mais pour les promoteurs de l’idée, il y aura de nombreuses manières de recouvrer de l’impôt dans la nouvelle économie. Ils ajoutent que nos systèmes actuels sont minés par l’inefficacité et que leur refonte radicale permettra d’économiser beaucoup d’argent.
« Alors que les nouvelles technologies remplacent le travail, l’enjeu pour l’avenir est de définir la meilleure façon d’assurer la sécurité économique pour tous », a écrit l’économiste et ancien secrétaire américain au Travail, Robert Reich, dans un blog. « Un revenu universel de base fera presque à coup sûr partie de la réponse », assure-t-il.

OLJ/AFP/Jitendra JOSHI
02/02/2017
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