Le tandem chiite pour une loi qui produirait un bloc sunnite favorable au Hezbollah

L’ÉCLAIRAGE

02/02/2017
« Nous sommes entrés de plain-pied dans une nouvelle confrontation politique, similaire à celle qui a eu lieu lorsque le gouvernement était en gestation. » C’est en tout cas ce qu’affirme une source de Meerab qui souligne que les Forces libanaises sont dans le collimateur de leurs opposants. Ces derniers s’appliquent à créer un climat politique qui leur est défavorable et utilisent notamment pour cela les fuites médiatiques en tout genre. La source précitée illustre ses propos en prenant comme exemple « ce qui s’est produit mardi dernier au cours de la réunion du comité quadripartite au ministère des Affaires étrangères ».

Le climat de la réunion « a laissé transparaître la détermination de certains, notamment le tandem chiite, de faire en sorte que le statu quo politique se prolonge afin d’empêcher le mandat de Michel Aoun d’avancer vers la construction d’un État fort. De plus, il ne faut pas se leurrer, l’origine de la polémique autour de la nouvelle loi électorale tant attendue est manifestement de nature politique. C’est une sorte de représailles pour avoir préféré le vide au Parlement plutôt que la tenue d’élections législatives sur base de la loi de 1960, alors qu’au départ, le comité quadripartite a vu le jour pour permettre le débat et éviter qu’une partie soit marginalisée.

Ces parties ont choisi pour tribune le comité quadripartite pour envoyer des messages voilés à plusieurs composantes politiques, afin de leur faire savoir qu’ils ont « osé » dépasser ce qui est considéré comme une ligne rouge, à savoir la non-tenue de législatives dans le cas où aucune nouvelle loi ne parviendrait à être votée.

Mais cette attitude ne tient toutefois pas compte des assurances maintes fois réitérées par le président de la République concernant la tenue, dans le respect des délais constitutionnels, des élections parlementaires, à l’aune d’une nouvelle loi. Il a ainsi affirmé à plusieurs de ses visiteurs que ses propos concernant une éventuelle prorogation du mandat du Parlement ne sont destinés qu’à faire pression sur les différents protagonistes du comité quadripartite afin de les pousser à tomber d’accord sur une nouvelle mouture de loi électorale.

En dépit de cela, les messages à l’adresse de Baabda et de ses alliés ne cessent donc de fuser. Marwan Hamadé a déclaré sur le perron de la Maison du Centre, à la suite d’une réunion avec le Premier ministre Saad Hariri, que le Parlement est souverain et que le vide n’est pas acceptable ». De son côté, le vice-président de la Chambre, Farid Makari, a également exprimé son refus de voir le vide s’installer au Parlement.

Toujours est-il qu’après avoir rejeté le projet de loi proposé lors de la dernière réunion du comité quadripartite par le ministre des AE Gebran Bassil et fondé sur le scrutin mixte, le tandem chiite n’a pas proposé de solution de rechange. Bien au contraire, il s’est attelé à remettre en jeu des formules d’ores et déjà rejetées par les autres membres du comité et dont il savait d’avance que personne ne les entérinerait. Il s’agit aussi, pour Amal et le Hezbollah, de clairement rejeter la possibilité d’une alliance entre le Courant patriotique libre et le bloc des Forces libanaises afin de les empêcher d’obtenir plus de 43 sièges à la Chambre.

Car si cela devait se produire, cela signifierait qu’avec les députés du courant du Futur, ces trois formations seraient majoritaires au Parlement. Or le Hezbollah, qui est nostalgique des années pré-2009 durant lesquelles il était en mesure de contrôler le Parlement, rejette le projet de scrutin mixte, car celui-ci n’est pas en mesure de lui assurer une entité sunnite indépendante capable d’évoluer hors du giron du bloc du courant du Futur.

Aujourd’hui, les seuls « indépendants » sunnites, à savoir Khaled Daher et Achraf Rifi, représentent respectivement deux courants certes distincts, mais tous deux extrêmes et que le Hezbollah est incapable de contrôler. L’objectif donc du tandem chiite est de parvenir au vote d’une loi électorale dont émanerait un bloc sunnite modéré qui lui soit fidèle.

En clair, le but ultime est d’abord d’empêcher la nouvelle alliance chrétienne de prospérer et de la noyer dans une nouvelle réalité parlementaire en participant à la résurgence d’une entité sunnite opposée au bloc du Futur. Ensuite, il s’agit d’envoyer un message clair à Baabda, et battre en brèche toute tentative de redynamisation et de réhabilitation des institutions étatiques.

Mais ce qui prévaut actuellement c’est surtout la stagnation au sein du comité quadripartite, raison pour laquelle des observateurs estiment que les formules rejetées devraient définitivement être retirées du débat et non recyclées indéfiniment, car cela est de nature à bloquer toute avancée. Un ancien responsable estime de son côté que la loi de 1960 devrait être appliquée une fois encore lors des prochaines législatives dans le cas où aucun accord sur une nouvelle loi n’est trouvé dans les délais. Il ajoute toutefois que la proportionnelle est un bon compromis en ce sens qu’elle donne à chaque composante politique son véritable poids électoral, sans effet d’amplification artificiel des victoires.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s