Trump électrise les entreprises américaines

Sous la menace de tweets comminatoires, les grands groupes de l’automobile ont dû donner des gages au nouveau président.

Les patrons du high-tech se posent pour leur part en résistants, parfois malgré eux.

Jeudi 16 février, des restaurants ont fermé pour dénoncer le décret immigration de Trump.

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Jeudi 16 février, des restaurants ont fermé pour dénoncer le décret immigration de Trump. / Mark Ralston/AFP

« Bâtir des murs, c’est idiot ! » D’ordinaire, la PME new-yorkaise GFNY utilise sa lettre d’information pour faire la publicité des courses cyclistes longue distance qu’elle organise partout dans le monde, et non de la politique.

« Sa politique va à l’encontre de l’Amérique que nous aimons »

Après la décision de Donald Trump d’interdire l’entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays musulmans et ses déclarations répétées en faveur de la construction d’un mur avec le Mexique, Uli et Lidia Fluhme, le couple germano-polonais à l’origine de l’entreprise, ont décidé d’afficher leur position. Et de l’expliquer aux abonnés de leur newsletter, 70 000 passionnés de vélo dans 100 pays différents.

« Sa politique va à l’encontre de l’Amérique que nous aimons, celle qui nous a permis de lancer notre business, raconte Uli, qui, comme son épouse, a connu les divisions du rideau de fer et du mur de Berlin. Les réactions ont été très positives. Il y a eu quelques donneurs de leçons, mais nous préférons perdre quelques clients plutôt que de ne rien dire. »

GFNY n’est pas un cas isolé. Depuis sa victoire le 8 novembre, Donald Trump électrise les patrons américains, il n’hésite pas à s’attaquer à ceux qui ne vont pas selon lui dans le sens de sa politique de « made in the USA ». Pour cela, il envoie des messages comminatoires en 140 signes sur le réseau social Twitter (voir repères).

Sous la menace des tweets de Donald Trump

Un peu plus d’une semaine après son élection, le président s’est ainsi félicité du maintien d’une usine Ford en Indiana, dont son vice-président, Mike Pence, était gouverneur. On apprendra quelques jours plus tard que le maintien du site avait été négocié en 2015 avec le syndicat de l’automobile en échange de concessions salariales…

Fin novembre, il annonçait en grande pompe un accord avec le fabricant de climatiseurs Carrier pour conserver 1 000 emplois dans l’État de l’Indiana. Pendant la campagne, il avait accusé cette filiale du conglomérat United Technologies, fournisseur du Pentagone, d’externaliser sa production au Mexique.

Tour à tour, les grands constructeurs automobiles, qui ont largement délocalisé au Mexique après la signature de l’accord de libre-échange nord-américain en 1994, ont été victimes de cette politique du bâton. Sous la menace d’un tweet vengeur, plusieurs d’entre eux ont opportunément donné des gages au futur président en annonçant publiquement l’abandon de certains projets au Mexique ou de nouveaux investissements aux États-Unis. Pour pouvoir réagir rapidement, des permanences ont été mises en place chez certains pour surveiller le compte Twitter de Donald Trump…

Les géants du high-tech veulent résister

Le nouveau président ne cible pas par hasard le premier secteur manufacturier américain : il doit en partie son élection à sa victoire dans les États désindustrialisés du Midwest, la région de Detroit, cœur de l’industrie automobile américaine.

L’attitude des géants du high-tech a été tout autre. Dès l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, il y a un mois, ils se sont posés en résistants à sa politique.

Leur opposition s’est cristallisée avec la signature, fin janvier, du décret migratoire. Plus de 100 entreprises, essentiellement issues de la Silicon Valley, comme Google, Facebook et Apple, ont attaqué le texte en justice quelques jours après sa signature.

Une campagne pour organiser des boycotts

Elles ont été rejointes par d’autres groupes dont la main-d’œuvre comprend de nombreux travailleurs étrangers. Ainsi, l’entreprise de VTC (voiture de transport avec chauffeur) Lyft, dont la flotte est composée de chauffeurs immigrés, a annoncé un don d’un million de dollars à l’association de défense des libertés Aclu, qui a été la première à obtenir une annulation temporaire du décret.

Son concurrent principal, Uber, a aussi été contraint d’agir sous la pression. Le PDG de la compagnie de transport concurrente des taxis a annoncé sa démission du conseil économique de Donald Trump, auquel il appartenait avec d’autres chefs d’entreprise, après avoir fait l’objet d’une vague de messages d’indignation sur Twitter.

Le geste le plus commenté, par le président lui-même notamment, fut la décision des magasins Nordstrom de cesser la vente des produits de sa fille Ivanka, début février. L’enseigne avait été mise sur la liste noire de Grab Your Wallet (servez-vous de votre portefeuille), une campagne lancée par la fondatrice d’une agence de publicité à San Francisco pour organiser des boycotts de compagnies soutenant la famille Trump.

« Je veux pousser les entreprises à affirmer leur soutien à la diversité »

L’ajout de Nordstrom sur la liste a précipité la chute des ventes des sacs à main, chaussures et vêtements d’Ivanka Trump, poussant le magasin, présent dans quarante États américains, à mettre un terme à la distribution de la marque, à la grande fureur du président.

« Mon objectif n’est pas d’influencer les décisions du gouvernement Trump, explique Shannon Coulter, la fondatrice de Grab Your Wallet, dont le site donne la liste de 57 entreprises à boycotter. Je veux pousser les entreprises à affirmer leur soutien à la diversité et à saper symboliquement la présidence. »

Les consommateurs ne sont pas les seuls à mettre la pression : les employés aussi, en particulier les plus jeunes. « Pour la génération des ”millennials”, les 18-35 ans, leur entreprise fait partie intégrante de leur identité, explique Jerry Davis, professeur de management à l’université du Michigan. Ils ne veulent pas travailler pour des entreprises qui ne respectent pas leurs valeurs. »

« L’accès aux réseaux sociaux a changé la donne »

« Voir des entreprises prendre ouvertement position contre un président est nouveau, poursuit Jerry Davis. D’habitude, elles tentent de rester non politiques. L’environnement médiatique et l’accès aux réseaux sociaux a changé la donne. »

Le mouvement de contestation varie selon les secteurs d’activité. Les barons du high-tech (Google, Microsoft, Apple, Facebook) ont été les plus actifs, en raison notamment du spectre d’une probable remise en cause du visa H-1B qu’ils utilisent pour faire venir des travailleurs immigrés qualifiés.

« La politique de Donald Trump sera plus négative pour certains secteurs, comme la Silicon Valley, où la main-d’œuvre est internationale, observe Brian Richter, professeur de business et d’affaires publiques à l’université du Texas à Austin. En revanche, on ne voit pas beaucoup de réactions de la part de l’industrie pétrolière, traditionnellement alignée sur le Parti républicain. »

Les grandes entreprises ne savent pas sur quel pied danser

Pour le moment, les grandes entreprises ne savent pas sur quel pied danser. Favorables à sa promesse de campagne de baisser les impôts sur les sociétés, certaines s’inquiètent de son intention de renégocier les accords de libre-échange, qui créent des débouchés économiques, et de la perspective d’une guerre économique avec la Chine.

« Donald Trump n’est pas issu de l’establishment du business, analyse Jerry Davis. Les hommes d’affaires qui l’entourent, à part Rex Tillerson (ancien PDG d’Exxon devenu secrétaire d’État), ne représentent pas les grandes entreprises américaines. Donald Trump représente un défi pour elles car elles ne le connaissent pas. »

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Les admonestations de Trump sur Twitter

17 novembre 2016. « J’ai travaillé dur avec Bill Ford pour préserver l’usine Lincoln dans le Kentucky. Je devais cela au grand État du Kentucky qui m’a fait confiance. »

I worked hard with Bill Ford to keep the Lincoln plant in Kentucky. I owed it to the great State of Kentucky for their confidence in me!

3 décembre 2016. « Rexnord déménage de l’Indiana au Mexique licenciant de façon vicieuse tous ses 300 employés. Cela arrive partout dans notre pays. Ça suffit. »

Rexnord of Indiana is moving to Mexico and rather viciously firing all of its 300 workers. This is happening all over our country. No more!

3 janvier 2017. « General Motors envoie des Chevy fabriquées au Mexique vers les concessionnaires américains sans payer de droits de douane. Fabriquez aux États-Unis ou payez de forts droits de douane. »

General Motors is sending Mexican made model of Chevy Cruze to U.S. car dealers-tax free across border. Make in U.S.A.or pay big border tax!

4 janvier. « Merci à Ford de démolir une nouvelle usine au Mexique et de créer 700 nouveaux emplois aux États-Unis. C’est juste le début – beaucoup vont suivre. »

Thank you to Ford for scrapping a new plant in Mexico and creating 700 new jobs in the U.S. This is just the beginning – much more to follow

5 janvier. « Toyota annonce une nouvelle usine à Baja, au Mexique pour construire des Corolla destinées aux États-Unis. PAS QUESTION ! Construisez l’usine aux États-Unis ou payez de forts droits de douane. »

Toyota Motor said will build a new plant in Baja, Mexico, to build Corolla cars for U.S. NO WAY! Build plant in U.S. or pay big border tax.

9 janvier. « Cela arrive enfin. Fiat Chrysler vient d’annoncer un investissement de UN MILLIARD DE $ dans les usines du Michigan et de l’Ohio, créant 2 000 emplois. »

It’s finally happening – Fiat Chrysler just announced plans to invest $1BILLION in Michigan and Ohio plants, adding 2000 jobs. This after…

17 janvier. « Merci à General Motors et Walmart de commencer à faire revenir de nombreux emplois aux États-Unis ! »

Thank you to General Motors and Walmart for starting the big jobs push back into the U.S.!

20 janvier. « Nous suivrons deux règles simples : ACHETER AMÉRICAIN et EMBAUCHER AMÉRICAIN. »

Alexis Buisson  Alexis Buisson/ la-croix.com
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